L'année 1525 est l'une des plus troublées de l'histoire de la région. En quelques mois, le pays de Montbéliard et ses seigneuries — dont Héricourt — voient se conjuguer une révolution religieuse et une explosion sociale : la diffusion des idées de la Réforme et le soulèvement des Rustauds, ces paysans révoltés dont le nom, venu de « rustres », dit tout le mépris que leur portaient les puissants. Une page dramatique et largement oubliée de notre histoire locale.
Des idées nouvelles portées par la Réforme
Tout commence par des sermons. En 1524-1525, le réformateur Guillaume Farel prêche à Montbéliard, diffusant les idées nouvelles venues de Wittenberg et de Zurich. Sa parole rencontre un écho considérable dans les campagnes, où elle se mêle aux revendications des paysans contre les redevances et les corvées.
Le pouvoir s'inquiète de cette effervescence : en mars 1525, Ulrich VI de Wurtemberg expulse Farel du comté. Mais il est trop tard pour arrêter le mouvement. Dans tout l'espace germanique, la guerre des Paysans a éclaté — l'un des plus grands soulèvements populaires de l'Europe d'avant la Révolution française. Elle gagne les terres du pays de Montbéliard au printemps 1525.
Que veulent les révoltés ? Moins de redevances et de corvées, plus de justice, et le droit d'entendre l'Évangile « pur » que prêchent les réformateurs. Dans leurs revendications, le religieux et le social sont indissociables : c'est au nom de la Parole de Dieu que les paysans contestent l'ordre seigneurial.
Le soulèvement
Des bandes de paysans en armes parcourent alors la région. Les environs d'Héricourt, de Plancher et de Champagney sont touchés par ces troupes qui s'en prennent aux biens des seigneurs et des églises. Sur l'ampleur des destructions à Héricourt même, les sources divergent : la tradition locale, reprise dans la chronologie de l'association, veut que la ville ait résisté et ait été épargnée, tandis que le prieuré de Saint-Valbert était pillé.
Cette divergence dit quelque chose de la révolte elle-même : mouvement des campagnes, elle se heurte aux villes closes de murailles, où bourgeois et autorités font front. Entre le plat pays soulevé et les bourgs retranchés, la fracture n'est pas seulement sociale — elle est aussi, très concrètement, une affaire de remparts.
Quelques mois à peine séparent les premiers prêches de la Réforme du soulèvement des campagnes : au printemps 1525, tout le pays de Montbéliard vacille.
La répression de Villersexel
La réaction seigneuriale ne se fait pas attendre. En août 1525, les bandes paysannes sont écrasées près de Villersexel. La répression met fin au soulèvement dans la région, comme elle y met fin, dans le sang, à travers tout le monde germanique.
Comme souvent dans les révoltes populaires d'Ancien Régime, nous connaissons surtout la voix des vainqueurs : ce sont les autorités et les chroniqueurs proches du pouvoir qui ont raconté ces événements. Les paysans de 1525, eux, n'ont guère laissé d'écrits — d'où la prudence nécessaire pour restituer leur histoire.
Les revendications des Rustauds disparaissent avec eux. Mais les idées religieuses qui avaient accompagné la révolte poursuivent leur chemin : quarante ans plus tard, en 1565, la Réforme est officiellement établie dans le pays de Montbéliard, et Héricourt devient durablement une terre luthérienne. Étrange destin que celui de ces idées : condamnées quand elles armaient les paysans, elles triomphent une génération plus tard par la volonté des princes.
Une révolte à redécouvrir
Pourquoi cette révolte a-t-elle si peu laissé de traces dans notre mémoire collective ? Sans doute parce que l'histoire retient plus volontiers les batailles des princes que les colères des campagnes. Pas de champ de bataille glorieux ici, pas de héros à statufier : des villages, des fourches, une répression — et un long silence.
En la racontant, l'association souhaite rendre leur place à ces hommes et à ces femmes de 1525, acteurs anonymes d'un des grands ébranlements de leur siècle. Leur histoire complète celle, mieux connue, de la Réforme à Héricourt : elle en est le versant populaire, douloureux et longtemps tu.
Sources : Wikipédia, articles « Guerre des Paysans allemands » et « Protestantisme à Héricourt » ; chronologie de l'association HPH.



