Il est des monuments qui résument à eux seuls l'histoire d'une ville. À Héricourt, c'est le château. Forteresse née au Moyen Âge, résidence princière, place éprouvée par les guerres, il domine la cité depuis près de neuf siècles. Son histoire est celle d'Héricourt même : chaque époque y a laissé sa marque, et chaque pierre y raconte quelque chose des hommes et des femmes qui ont vécu à son ombre.
Aux origines du bourg castral
Le château fort d'Héricourt trouve son origine au XIIᵉ siècle. Très tôt, il devient le noyau autour duquel s'organise la vie locale : à l'abri de ses défenses se développe un bourg castral, cet habitat groupé de bourgeois, d'artisans et d'hommes d'armes dont on devine encore le tracé dans les rues de la vieille ville.
Vivre dans un bourg castral, c'est vivre à l'ombre du seigneur, mais aussi sous sa protection : en cas de danger, les habitants des campagnes voisines viennent se réfugier derrière les murailles avec leurs bêtes et leurs biens. Marchés, fours, puits et chapelles s'organisent dans cet espace resserré, où chaque parcelle compte.
Le château est aussi un centre de pouvoir : il est le siège de la seigneurie d'Héricourt, l'une des quatre seigneuries rattachées au comté puis à la principauté de Montbéliard, gouvernée par la maison de Wurtemberg. C'est de là que s'administre le territoire, que se rend la justice, que se perçoivent les redevances.
Une résidence princière
Le site ne fut pas qu'une forteresse. En 1662, Madeleine-Sibylle de Wurtemberg s'installe au château d'Héricourt, qui devient alors résidence princière. Ce moment d'éclat, dont le souvenir demeure vivace, rappelle que le château fut un lieu de vie et de cour autant qu'un ouvrage militaire.
On peine aujourd'hui à imaginer ce que fut cette période : une petite cour installée sur les hauteurs de la ville, avec son personnel, ses réceptions et son train de maison. C'est pourtant l'un des visages du château que les recherches de l'association contribuent à faire redécouvrir.

Sièges et démantèlements
La position d'Héricourt, aux confins de la Franche-Comté, de l'Alsace et du pays de Montbéliard, a valu au château bien des épreuves. La chronologie établie par l'association en retient plusieurs : la prise de la ville par l'évêque de Bâle en 1425, qui voit murailles et tours en partie détruites ; le passage dévastateur des écorcheurs en 1444 ; le démantèlement ordonné en 1588 ; puis le démantèlement définitif des fortifications en 1677, à la veille du rattachement de la région à la France.
Ces destructions successives expliquent l'aspect actuel du site : non pas un château « complet » comme l'imagerie en propose, mais un ensemble de vestiges où l'œil averti reconstitue peu à peu l'enceinte, les tours et les logis disparus. C'est précisément ce travail de lecture que mènent les bénévoles.
Pour les phases plus fines de son histoire architecturale — remaniements, percements, destructions successives —, la prudence s'impose : selon les travaux de l'association, publiés notamment dans ses cahiers, l'étude du bâti et des archives permet peu à peu de préciser la datation des vestiges, mais bien des questions restent ouvertes. C'est tout l'intérêt d'un patrimoine vivant : il continue de nous parler.
Un site vivant, entretenu par les bénévoles
Aujourd'hui, le site du château est entretenu et mis en valeur par l'association Histoire et Patrimoine d'Héricourt. L'atelier Château documente le monument, veille sur ses vestiges et prépare les visites qui le font découvrir au public, notamment lors de la Fête du Château et des Journées européennes du patrimoine.
Ce travail patient s'appuie sur l'étude des archives et du bâti, et se diffuse par les publications de l'association — ses cahiers d'histoire — comme par les documents mis à disposition sur ce site, tel le plan de l'ancien bourg castral. Chaque campagne d'observation apporte son lot de découvertes, et parfois de nouvelles questions.
Neuf siècles après sa fondation, le château demeure ainsi ce qu'il a toujours été : le cœur d'Héricourt. Non plus un lieu de pouvoir, mais un lieu de mémoire et de rencontre, que chaque génération réinvente à sa manière — et que la prochaine, à son tour, recevra en héritage.
Sources : Wikipédia, article « Château d'Héricourt » ; chronologie et travaux de l'association Histoire et Patrimoine d'Héricourt.

